Page couverture du récit

   L’idée d’aller là-bas en train s’additionnait à mon plaisir. Aujourd’hui disparue, la gare de Saint-Vincent-de-Paul, à l’orée du pénitencier, faisait partie des gares majeures de la ligne nord entre Montréal et Québec, quand j’étais enfant. Le train qui entre en gare est, avec mon père, ma première représentation symbolique de Dieu. Et que dire du rapide ? Il fonçait en menaçant la Terre entière d’un châtiment. Il faisait fuir les rats des champs. Il balayait les conventions. Bref, le train m’émeut. C’est un grand thème, comme le fusil. En 1952, Jack Kerouac, qui était fou des trains, travailla comme serre-freins, et ensuite comme aiguilleur, pour la Southern Pacific Company, en Californie. Cette expérience lui inspira le magnifique October in the Railroad Earth, un essai poétique marqué au coin de l’impressionnisme. En spectacle, nous faisons Mystery Train, l’une des meilleures chansons d’Elvis, et Lucille de l’impayable Little Richard. Reprise entre autres par les Beatles, les Everly et Deep Purple, la pièce part d’une ligne de base qui reproduit le tchou tchou des trains. Elvis, dans Mystery Train, imite tantôt le roulis du train et tantôt son sifflement. Un coup de maître. Plus jeune, j’avais adoré Le train du Nord de Félix Leclerc – une histoire surréaliste, un riff de guitare tout au rythme du train, une voix qui s’éloigne du côté des montagnes, entre les astres. On dira ce qu’on voudra, mais les premières chansons de Félix, peu politiques, sont littérairement et musicalement supérieures aux dernières. Un mot sur Freight Train, écrite par Elizabeth Cotten en 1910, quand elle était adolescente. La patience des Noirs de la Caroline du Nord est scellée dans cette pièce – et dans la voix de son auteure. Elizabeth était gauchère. Elle a joué toute sa vie avec une guitare pour droitier, et ce, sans inverser les cordes.

    Survenus à quelques mois d’intervalle, et en pleine Année internationale de la femme, le meurtre de Sharron et le vol de la couronne de la Vierge Marie sont, selon moi, l’œuvre du même auteur : Satan.

Elvis et Dolores, Montréal, XYZ, 2013

Appalaches, Montréal, XYZ, 2011

Plume de Fauvette, Montréal, XYZ, 2009

Bord-de-l’Eau, Montréal, XYZ, 2006